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mercredi 4 novembre 2015

Dope

Malcolm est un geek. Il (sur)vit dans les Bas-fonds, un quartier difficile d'Inglewood, Los Angeles. Entre les formulaires d'inscription pour l'université, les entretiens, les examens et l'envie d'entrer à Harvard, Malcolm est débordé. L'invitation à une soirée underground va mener Malcolm et ses amis dans une aventure qu'ils ne seront pas prêts d'oublier.     





Une rencontre fortuite avec un dealer prénommé Dom amène ce dernier à utiliser le jeune Malcolm comme intermédiaire dans ses tentatives de séduction de Nakia (Zoë Kravitz), pour laquelle Malcom a un faible. Cela aboutit à une invitation à la fête d'anniversaire donnée par Dom ce soir-là. Alors qu'un deal poudreux se transforme en règlement de comptes et laisse la boîte sens dessus dessous, Malcolm marque des points auprès de Nakia en la faisant sortir en toute sécurité. Ce n'est qu'au lendemain de cette fête surréaliste que Malcolm réalise qu'il a par la même occasion fait sortir un colis de près de 100.000$ d'ecstasy.

Que ce soit dans 'The Social Network', 'Sneakers', 'Wargames', 'Tron' ou encore 'Revenge of the Nerds', les geeks n'ont pas la vie facile au cinéma. Cela se vérifie-t-il dans 'Dope' ? Rick Famuyiwa ('Our Family Wedding', 'The Wood') parvient-il à apporter du sang neuf à un genre moult fois traité ?

'Dope' se présente comme une comédie sur les déboires de trois ados au penchant geek. Fable comique tordant le cou aux clichés véhiculés dans les films de gansta (comprenez « gansters »), 'Dope' trouve le bon dosage entre légèreté de ton et propos sérieux. Analyse d'un succès critique et public.

Avec son irrévérence et ses scènes hilarantes (audience hilare à plusieurs reprises pendant la projection au Festival du Film Américain de Deauville), le film prend du plaisir à dévoiler un propos loin d'être désinvolte et apporte un regard neuf sur le phénomène de ghettoïsation dans les milieux socio-économiques défavorisés. Le long-métrage dépeint une situation complexe sans blesser quiconque. La violence et les coups de feu ne sont là que pour rappeler le quartier difficile et rempli de criminalité dans lequel évoluent les protagonistes. Au sein de cette communauté noire où il est parfois difficile de mener une vie normale, Malcolm, l'intello/geek, sera amené à se la jouer « gansta ». C'est là la force du film : son authenticité. Avec les gangs d'un côté et les dealers de l'autre, beaucoup ne rejoignent pas l'école et se perdent en chemin. Dans le film, les personnages principaux ne jouent pas aux durs, ils veulent juste aller à l'école et ainsi monter dans « l'ascenseur social ».

Le casting réunit une clique improbable : musiciens, rappeurs et autres top-modèles assurent et délivrent de bonnes prestations. Shameik Moore, acteur et petit génie de la musique, joue Malcolm. Il donne la réplique à Diggy (Kiersey Clemons) et Jib (Tony Revolori) - le « Lobby Boy » dans 'The Grand Budapest Hotel'. Zoë Kravitz (chanteuse du groupe « Lolawolf ») et Chanel Iman (le mannequin) s'ajoutent à ce casting osé. La direction de ce casting encore peu expérimenté est impeccable. On aime ce casting black dans un Hollywood qui arbore trop souvent un visage blanc. Forest Whitaker donne sa voix pour une narration plus grave, comme pour rappeler que tout n'est pas qu'amusement.

Avec une mise en avant de la culture hip-hop, des références à l'âge d'or du rap, des coupes de cheveux afro/plates, un culte pour le vintage (les baskets Air Jordan 3, les vélos BMX colorés, les skateboards, les vieux comics, les vieux Walkman), le film donne dans la nostalgie des 1990s. Smartphones et « skinny » jeans en plus. Toutes ces références font que 'Dope' entre en résonance avec le spectateur.



La bande-son, assez funky, n'est pas en reste avec des chansons créées par Pharrell Williams pour le groupe fictif 'Awreeoh' (prononcez « Oreo »). 'Go Ahead' et 'Can’t Bring Me Down' valent un petit détour sur Youtube. D'autres classiques viennent compléter la playlist (Nas avec 'The World Is Yours', A Tribe Called Quest avec 'Scenario', etc). Les plus attentifs relèveront même des références à Ice Cube et autres Run-D.M.C. .

Le montage brillant – récompensé à Sundance en janvier dernier, s'offre plusieurs audaces visuelles avec notamment des smileys à l'écran pendant certaines conversations et une pause en plein milieu d'une course-poursuite. Ce qui a pour effet de nous placer directement dans la tête du protagoniste et de penser aux implications et à la suite des événements. Effet comique garanti.

Réseaux sociaux, hashtags, Bitcoin, Vine, écouteurs Beats, Snapchat, etc. : le film n'est pas très loin d'une resucée de 'The Hood' (du même réalisateur) revue aux goûts du jour.

Comme dans beaucoup de comédies « teenage », cocasserie et maladresse se mêlent entre ados de sexe opposé. À ce propos, le film trouve un écho en des films comme 'American Pie' & 'Superbad'. C'est souvent la même rengaine : un étudiant virginal cherche le grand amour mais des lourdauds vont venir contrecarrer ses plans. Tout comme Jim et Seth dans les films susmentionnés, Malcolm devra se définir et affirmer son identité afin de réussir son passage à l'âge adulte.

À sa sortie US, 'Dope' est entré dans l'histoire puisqu'il fût le premier film à accepter la monnaie Bitcoin (qui est une monnaie virtuelle) pour l'achat des places. Pour un film écrit et réalisé par une seule et même personne (Rick Famuyima), nous ne pouvons que saluer les qualités de ce réalisateur qu'il nous faut désormais suivre de près.

Avec son rythme électrique et son propos audacieux, 'Dope' se montre dynamique à souhait et apporte son lot de fraîcheur. Une belle trouvaille qui jouit de critiques unanimes. Difficile de bouder son plaisir tant l'attachement à cette bande d'antihéros aux sensibilités multiples est inévitable. Substantif caractérisant la came, le mot est aussi utilisé en anglais comme adjectif. Dans ce cas, « dope » veut dire… « très bon » ! Inutile de vous faire un dessin…

Note : 

Critique : Goupil  

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