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jeudi 18 janvier 2018

Patser


"Patser" suit le parcours de quatre jeunes glandeurs du quartier ‘t Kiel à Anvers, prêts à tout pour devenir des légendes du grand banditisme.  Ils foncent tête baissée en plein dans une guerre des gangs dont les enjeux les dépassent largement, et déclenchent malgré eux un cyclone d’emmerdes qui a des répercussions jusqu’en Colombie.  





La paire bruxelloise Adil & Bilall est peut-être ce qui est arrivé de mieux dans le cinéma belge ces cinq dernières années. Alors que la pellicule noire-jaune-rouge investit timidement l’environnement du genre (complexe d’infériorité ?), le tandem, lui, n’hésite pas à s’y engouffrer la tête la première. Avec leur savoir-faire. Avec leur insouciance aussi. En se fichant complètement du « qu’en-dira-t-on ». En se moquant éperdument de la sacro-sainte identité socialo-surréaliste dont n’arrive pas à se défaire le septième art « made in Belgium ». Et tant pis si les moyens budgétaires ne sont pas mirobolants.

Eux, leur kiff, c’est le cinéma populaire et gourmand comme on le pratiquait généreusement à Hollywood dans les années quatre-vingt et nonante. C’est-à-dire des pitchs improbables, des scènes d’action bigger than life, des joutes verbales électrisantes, de l’esbroufe dans tous les plans. Un cinéma « Bad Boy » (for life !) et une cinéphilie labellisée « 100% gros muscles ». Suivez mon regard : salut les musclés JCVD, Sly, Schwarzy et autres philosophes au corps luisant. Tout en n’oubliant pas de se biberonner aux œuvres des grands maîtres ès actionner comme les De Palma, McTiernan, Donner et consorts.

Un tempérament qui a évidemment tapé dans l’œil du producteur Jerry Bruckheimer, magnat hollywoodien à qui on doit les TonyScotteries « Top Gun », « USS Alabama », « Days of Thunder » ainsi que la franchise Mickey friendly « Pirates of the Caribbean ».  Ce n’est donc pas étonnant de voir notre duo de la capitale attaché au projet d’un quatrième « Beverly Hills Cop », métrage qui devrait signer le come-back inespéré d’un certain Eddy « hé mec ! » Murphy, sorti des radars depuis quasiment deux décennies.

Mais alors que le scénario peine à s’esquisser, et après avoir donné deux, trois coups de manivelle pour le pilot et le deuxième épisode de la série « Snowfall » créée par John Singleton, Adil El Arbi et Bilall Fallah reviennent au royaume tourner leur troisième long-métrage après le coup d’essai « Image » et leur claque « Black ». Pour cette nouvelle livraison, les deux réal’ s’adjoignent les services du Baron molenbeekois Nabil Ben Yadir, grand frère estimé du tandem, qui se présente avec sa triple casquette de producteur, scénariste et… acteur ! Et voilà que naît « Patser », digne successeur des « Barons » de 2006.

Le récit ? Il est « vite fait tiré d’une putain d’histoire vraie », dixit les deux compères. Quatre glandus du quartier anversois ‘t Kiel sont prêts à tout pour se faire de l’argent facile, quitte à investir la pègre locale. Mais très vite, les enjeux les dépassent. Ces derniers ne maîtrisent plus rien et déclenchent bien malgré eux un torrent d’ennuis qui a des répercussions jusque dans les cartels colombiens. Et ce qui était un jeu d’enfants devient une guerre d’adultes. Du sang, des larmes, des morts. Voilà ce qui attend le quatuor de lascars.

Résultat au sortir de la projection ? C’est de la balle ! Il ne fait aucun doute, après leur séjour outre-Atlantique, les deux Bruxellois ont pris du galon. Techniquement, c’est un travail d’orfèvre. La paire de cinéastes fait montre d’une redoutable efficacité lorsqu’il s’agit de mettre en scène leur fiction, certes un brin téléphonée, mais non moins captivante. Mieux, le duo parvient à contourner les moyens faiblards reçus pour réaliser leur film grâce à une inventivité constante. Ces deux-là fourmillent d’idées à la minute et les exploitent de façon brillante. Une véritable vista se dégage du tandem dont le plaisir communicatif pris sur le tournage transperce l’écran sur chaque scène et vient frapper l’œil du spectateur.

Consistant, le scénario pèche malgré tout par une surabondance d’explications. Les auteurs se sentent obligés de tout expliciter, de tout surligner, avec un goût exagérément prononcé pour l’emphase. Comme si la jeunesse banlieusarde, cible privilégiée de ce métrage, n’avait pas assez de jugeote pour comprendre les sous-entendus, les non-dits et autres ellipses. C’est d’autant plus regrettable que le récit a de nombreux atouts, notamment la construction des personnages, pléthoriques soit écrit en passant. Et là où d’autres scripts ne parviennent pas à faire vivre les seconds rôles, celui-ci donne de vrais enjeux ainsi que de belles scènes à tous les protagonistes.

Quel dommage par contre que « Patser » soit plombé par de nombreuses maladresses qui tiennent plus du copiage que de l’hommage : le calque dispensable de la scène culte « C’est à moi que tu parles ? » de Vincent Cassel face au faux miroir dans « La Haine » ou encore la superfétatoire fausse fin de Jan Kounen dans « 99 francs ». Cela flattera peut-être la rétine d’une jeunesse orpheline de toute cinéphilie mais ça ne possède aucune valeur artistique aux yeux des férus du septième art. Ainsi, on n’évite pas un côté pastiche peu reluisant nonobstant la volonté bling-bling d’en mettre plein les mirettes avec des gimmicks tout droit sortis des nineties façon clips MTV.

Et c’est clair qu’ils en font des caisses avec leur mise en scène boostée à grand renfort d’afféteries stylistiques. Adil & Bilall ont visiblement apprécié la récente série b « Atomic Blonde » avec Charlize Theron ; ces derniers usent et abusent des halos produits par les néons sans trouver le juste équilibre. Du coup, ce que ceux-ci gagnent en identité visuelle, ils le perdent en lisibilité. « Trop is the veel ! », comme dirait l’autre. En outre, nos Bruxellois ne parviennent pas à se défaire d’une très vilaine manie déjà épinglée lors de leur précédent métrage, celle de nous refourguer de la violence gratuite, qu’elle soit langagière ou physique. Le duo se complaît dans d’innombrables outrances sans qu’il n’y ait pour autant un réel besoin scénaristique voire un message ou des valeurs à défendre derrière. Amis de la poésie et de la subtilité, passez votre chemin.

In fine, si quelques sérieux bémols viennent ternir la copie, « Patser » n’en reste pas moins un divertissement sans concessions fichtrement bien torché, certes un chouïa écrasé par ses références cinématographiques (Les Affranchis, La Haine…), mais plein de sève et de jeunesse. On attend avec impatience leur quatrième fiction !


Note :
Critique : Professeur Grant

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