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samedi 15 avril 2017

Lady Macbeth

1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d'un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d'un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion. Habitée par ce puissant sentiment, Katherine est prête aux plus hautes trahisons pour vivre son amour impossible. 



Macbeth.. Les féru-e-s de littérature anglaise seront prévenu-e-s : la filiation avec la pièce éponyme de Shakespeare est loin d’être directe. Le film prend également ses distances de son matériel source en transférant le décor de la Russie au Somerset anglais. L’ADN de la nouvelle russe de Nikolai Leskov (“Lady Macbeth of Mtsensk”) est-il intact ?

Ici, pas de Lady Macbeth à proprement parler mais une Lady Lester. Si vous cherchez encore la véritable Lady Macbeth, intéressez-vous plutôt au film de Justin Kurzel sorti en 2015. Marion Cotillard y interprétait la reine complice propre à la pièce du célèbre dramaturge anglais. Le titre du film est par ailleurs le seul lien explicite avec ladite pièce. À en juger par son allure, cette ‘Lady Macbeth’ nouvelle a plutôt des airs de Madame Bovary ou encore de Lady Catherine chère à Emily Brontë (‘Wuthering Heights’).  

Pour interpréter cette “Young Lady”, Florence Pugh. L’académie des BAFTA l’a très récemment reconnue comme « talent à suivre ». L’ex-musicien devenu acteur Cosmo Jarvis complète le casting en prêtant son physique à Sebastian, le jeune palefrenier.
De prime abord longuet et barbant, le film se révèle être bref et passionnant. Féminisme, girl power et autres idées stop-au-patriarcat-nauséeux sont au rendez-vous. Avec son premier long-métrage, William Oldroyd n’a pas son pareil pour sublimer ces personnages qui tels des bougies romaines se consument au gré de leurs pulsions. Les sublimes costumes de Holly Waddington font écho à la trame scénaristique qui passe d’amour à la dégradation et se termine sur une note vengeresse.

Certains aspects du film d’Oldroyd dérangent. Que ce soit l’onanisme de Mr Lester – cet époux refusant d’honorer sa jeune femme ou encore le mutisme de la servante Anna (la talentueuse Naomie Ackie) qui par son choix refuse de participer aux manigances de sa maîtresse.
C’est bien là toute l’ambiguïté morale de ce mariage « arrangé » dont nous tairons l’issue : Quel est le prix de la liberté (de corps et d’esprit) d’une femme subissant le joug de la hiérarchie des genres de l’époque ?

Niveau thématique, l’accent est mis sur le conflit entre nature (les vastes étendues accentuent le côté sauvage de Katherine) et culture (les règles de vie et les principes que sa nouvelle famille tente de lui imposer). Cette thématique trouve une résonance troublante dans un présent globalement encore trop patriarcal. L’ennui sur le visage de Lady Macbeth attendant son mari, les incursions dans les landes et les passages à l’acte sont autant de répétitions qui renforcent la structure du film.

Pour conclure, ce mélodrame porte un regard âpre sur les différentes trajectoires qui peuvent rythmer nos vies et montre comment l’injustice peut transformer une victime en un bourreau. ‘Lady Macbeth’ nous rappelle qu’il faut se méfier de l’eau qui dort.

Note :
Critique : Goupil

N.B.: Dans le même genre, nous ne saurions que conseiller la vision de ‘Belle’ d’Amma Assante qui traitait déjà de couples mixtes dans l’Angleterre d'antan.

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