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jeudi 26 octobre 2017

Coexister



Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d'un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…






Après « Case Départ » sur le thème de l’esclavage, réalisé en trio avec ses camarades Thomas N’Gijol et Lionel Steketee, et « Le Crocodile du Botswanga » sur la Françafrique, en duo avec le même Steketee, Fabrice Eboué se la joue cette fois-ci en solo pour « Coexister ». Hasard du calendrier, cette comédie acide sort au même moment qu’une autre pantalonnade made in France, à savoir « Les Nouvelles Aventures de Cendrillon » mis en scène par un certain… Lionel Steketee. Complices autrefois, les voilà devenus rivaux au box-office. Si on se fout pas mal de qui ressortira vainqueur de cette bataille aux pépettes, si tout du moins gagnant il y a, la fiction mordante imaginée par le Nogentais suscite davantage d’intérêt, de par son originalité mais aussi, et surtout, de par son sujet brûlant.

Parti sur un scénario piquant à souhait où un producteur musical tente une opération de la dernière chance pour sauver son label en montant un groupe avec un prêtre, un rabbin et un imam, le quadragénaire tape pile-poil là où ça fait mal. En inscrivant son nouveau long-métrage dans le sillage du carton « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », l’auteur prend un malin plaisir à brocarder le politiquement correct et le fameux vivre-ensemble. Comme dans le carton de Philippe de Chauveron, toutes les communautés en prennent pour leur grade. Aucune appartenance religieuse n’est épargnée tout comme le show-biz et l’industrie du divertissement sont tournés en dérision. Et on s’en délecte. La force du récit est de jouer sans détour et sans scrupule avec les clichés, les oppositions, les antagonismes et les situations conflictuelles. Le tout sans offenser. Car si Eboué se complaît à jongler avec les stéréotypes et les idées reçues, c’est pour mieux les railler et les retourner.

Vos zygomatiques seront mis à rude épreuve ; l’humour est ravageur et les saillies délectables. D’ailleurs, de nombreuses séquences à haut potentiel burlesque sont tout bonnement à mourir de rire à l’instar du clip vidéo revu et corrigé de la reprise de « Savoir aimer », chanté jadis par Florent Pagny, ou encore la réunion improvisée dans un peep-show avec nos trois hommes de foi. L’extraordinaire abattage des comédiens, brillamment choisis, fait le reste. Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen et Ramzy Bédia forment un boys band de haut vol tandis qu’Audrey Lamy apporte un contre-pied rafraîchissant en coproductrice délurée. Ces acteurs sont par ailleurs servis par des dialogues irrésistibles. Les répliques fusent, certaines à s’en décrocher la mâchoire, d’autres à vous faire saigner du nez tant elles sont trash.

Disciple du stand-up et prosélyte de l’école « une phrase, une vanne », Fabrice Eboué maintient le rythme de son film pour en faire une comédie enjouée et sans temps mort. Le rire, profane et salutaire, est constamment présent, le ton corrosif et le casting tellement généreux qu’on pardonne assez vite les quelques balourdises qui viennent entacher la copie. Si le scénario ne tient pas toutes ses promesses avec des histoires secondaires abandonnées (l’auteur se délaisse rapidement de l’enjeu pourtant intéressant sur le mensonge de l’imam qui n’en est pas un), une prévisibilité handicapante et une conclusion bancale et trop hâtive, « Coexister » n’en demeure pas moins une farce satirique désopilante où l’on rit de bon cœur, pour peu qu’on apprécie l’humour caustique et provoc de son auteur. Une bonne surprise !


Note : 
Critique : Professeur Grant

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