lundi 22 janvier 2018

All The Money in The World



Rome, 1973. Des hommes masqués kidnappent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un magnat du pétrole connu pour son avarice, mais aussi l'homme le plus riche du monde.  Pour le milliardaire, l'enlèvement de son petit-fils préféré n'est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune.
Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils. Elle s’allie à Fletcher Chace, le mystérieux chef de la sécurité du milliardaire et tous deux se lancent dans une course contre la montre face à des ravisseurs déterminés, instables et brutaux. 






I. Making of(f)

« All The Money in The World » ou le film qui a davantage fait parler de lui pour ses scandales successifs que pour ses qualités intrinsèques. Un métrage hors du commun ne serait-ce que par sa production houleuse. Et il ne faut pas remonter bien loin pour comprendre où tout a commencé. Après l’échec artistique d’ « Alien : Covenant » sorti en mai dernier, Ridley Scott a directement noyé son chagrin dans la réalisation avec un thriller centré autour de l’affaire Getty, « true story » de ce milliardaire qui n’a pas voulu payer la rançon pour sauver son petit-fils des mains de ravisseurs italiens. Ainsi, en juillet dernier, les premiers coups de manivelle étaient donnés. Dans le costume du grand-père pingre, Kevin Spacey. Un choix douteux voire bancal : un quinqua noyé sous une tonne de maquillage et de prothèses hyper visibles (voir la première bande-annonce) pour jouer un octogénaire ? Une erreur de casting d’autant plus incompréhensible que le papa de « Blade Runner » avait déjà un petit faible pour Christopher Plummer, 88 ans, mais jugé pas assez bankable par le studio.

Cela émis, le tournage se passe sans encombre nonobstant les heures passées à vieillir l’acteur génialissime de « Se7en » et « House of Cards ». Il faut faire vite car le film doit absolument sortir avant 2018 afin d’être éligible pour les futurs Oscars. C’est que les producteurs croient fortement à son potentiel et notamment aux prestations de Michelle Williams et Kevin Spacey. Et puis, patatras ! En automne dernier, en pleine post-production, celui qui fut primé pour « American Beauty » tombe en disgrâce suite aux nombreuses accusations d’agression et de harcèlement sexuels diffusées en parallèle de l’affaire Harvey Weinstein. Une mauvaise publicité vécue comme une catastrophe pour l’équipe de production, laquelle ne peut pas se permettre de repousser la sortie de six mois afin que la controverse se tasse. En cause, l’arrivée toute prochaine d’une œuvre concurrente sur la même histoire : la série « Trust » pilotée par Danny Boyle qui débarque sur la chaîne FX en mars 2018.

Afin de ne pas pénaliser les personnes qui ont travaillé d’arrache-pied sur cette œuvre et, surtout, ne pas ruiner les chances du film de décrocher l’une ou l’autre récompense durant la saison des cérémonies (Golden Globe, Oscar etc.), Scott fait contre mauvaise fortune bon cœur : il prend la folle décision d’effacer purement et simplement les scènes de celui qui est désormais anathématisé et de les retourner avec… Christopher Plummer, son choix initial. Un challenge de taille. Heureusement, le Canadien est disponible. Mieux, Michelle Williams et Mark Wahlberg sont tous deux prêts à reprendre du service. La première quasiment gratuitement, le second moyennant un « tout petit » million et demi de dollars en supplément. Histoire d’effacer le désagrément subi… Et voilà qu’un deuxième scandale éclate. Pourquoi une telle différence alors que les deux comédiens sont représentés par la même agence ? Une communication malvenue alors que l’écart des salaires entre hommes et femmes est pointé du doigt. La production s’en serait bien passée…

II. Making on

Toujours est-il que la gageure est « hénaurme ». Voyez plutôt : retourner une vingtaine de scènes (entendez une trentaine de minutes) à seulement six semaines de la sortie. C’est le branle-bas de combat ! L’équipe repart en tournage du 20 au 29 novembre, profitant par la même occasion des vacances de Thanksgiving. Ces reshoots coûteraient la bagatelle de dix millions de dollars voire plus. Ce qui pique au portefeuille. Mais ces frais supplémentaires sont nécessaires. D’autant plus qu’il faut aller vite car il y a encore du boulot en post-prod : finalisation du montage, du mixage son, des effets visuels… Il faut donc mettre le prix. Est-ce que cela en valait la peine ? Oui, car à aucun moment dans le film, on ne se doute de quelque chose. Le remplacement n’a eu aucun impact sur la vision du métrage. A peine s’aperçoit-on de l’incrustation numérique de Plummer en plein désert. Le Britannique est parvenu à retourner un bad buzz en véritable coup de maître ; les professionnels du métier louent alors les aptitudes de gestionnaire et de technicien du réalisateur. Un exploit qui restera dans les annales du septième art et qui donne envie de découvrir le making-of, pour peu qu’il soit honnête, sans coupure, et surtout sans langue de bois.

Ridley Scott signe ici un thriller psychologique haletant conduit par un scénario peu avare en suspense et rebondissements. Un récit finement écrit par David Scarpa qui exploite brillamment le potentiel dramatique de chaque personnage. Il propose d’ailleurs un beau portrait de femme à Michelle Williams, bouleversante de fébrilité en mère courage tiraillée entre les coups de fil des kidnappeurs qui réclament l’argent qu’elle ne possède pas et le refus de son beau-père, enclin à dépenser des millions de dollars pour une œuvre d’art mais incapable de lâcher le moindre kopeck pour son petit-fils. Christopher Plummer offre à cet avare plein de morgue et rongé par la cupidité une froideur qui heurte le tout-regardant. Une performance théâtrale qui sied parfaitement au personnage et logiquement récompensée par une nomination aux récents Golden Globes. A ses côtés, Mark Wahlberg soigne son interprétation dans un rôle en creux. Mais l’acteur le plus bluffant reste Romain Duris dans la peau du ravisseur Cinquanta. Un Français qui joue un Calabrais s’exprimant en anglais avec un accent italien, avouons-le, c’était plutôt casse-gueule. C’est sans compter le talent de l’Arnacoeur, lequel s’offre ici une très belle carte de visite à Hollywood.

Enfin, visuellement, « All The Money in The World » est tout simplement superbe et prouve que Ridley Scott est sans conteste l’un des meilleurs artisans de l’image dans l’industrie cinématographique californienne. Avec sa reconstitution d’époque tirée au cordeau et le magnifique travail opéré par Dariusz Wolski sur la photographie, et plus précisément sur les jeux d’ombres, le film prend des allures d’œuvre d’art. Son visionnage est un ravissement constant. De la belle ouvrage en somme, qui prouve que le metteur en scène n’a rien perdu de son légendaire flair esthétique. On en veut pour preuve le prologue aux accents dolce vita, l’image passant progressivement du noir et blanc à la couleur. Un véritable geste de cinéma ! In fine, après la déconfiture « Alien : Covenant », le Britannique se rachète de la plus belle des manières avec un métrage qui, au-delà de la performance technique effectuée, restera dans la mémoire des cinéphiles comme étant l’un de ses meilleurs thrillers.


Note :
Critique : Professeur Grant

1 commentaire:

  1. Thierry Droupiaux24 janvier 2018 à 17:04

    4 étoiles ? Pour moi,Ridley Scott tombe dans la caricature et ne trouve plus sa sève créatrice.Plummer sauve le jeu même si je m'interroge sur sa nomination prétendue aux Oscars,annoncée bien avant que le film ne soit distribué... Ça en dit long sur le procédé, non? Pour moi,le film est décevant et bien en-deça des 4 étoiles accordées

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