samedi 7 septembre 2019

Parasite


Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...





I. Une Palme : Parasite

Au Festival de Cannes, c’est toujours la même rengaine. Un véritable casse-tête. Impossible de faire consensus. Les jurés, les critiques de la presse internationale, les cinéphiles, les amateurs, tout le monde y va de son avis quand il s’agit de la récompense suprême. Et les opinions s’avèrent bien différentes les unes des autres. Mais, cette année, le jury présidé par le Mexicain Alejandro González Iñárritu (Babel, Birdman, The Revenant) est parvenu à mettre tout le monde d’accord. Peut-être parce qu’une œuvre est sortie du lot sans qu’un autre long-métrage n’ait les reins assez solides pour le concurrencer. Après une attente estivale des plus insoutenables, les spectateurs du royaume peuvent enfin découvrir la Palme d’Or tant attendue : Parasite. Et on va tuer fissa tout suspense, c’est un chef-d’œuvre absolu.

II. Un cinéma : la Corée du Sud

En couronnant cette satire politique et sociale, Iñárritu et compagnie ont également mis en lumière un cinéma d’une folle richesse qui peine encore à se faire connaître du grand public. La faute à des chaînes de télévision et des distributeurs beaucoup trop frileux. C’est dommage car le septième art sud-coréen régale les cinéphiles depuis quinze ans avec des réalisateurs et des films de genre merveilleux. Des fictions qu’on est obligé de découvrir à la Médiathèque, l’un des seuls opérateurs culturels en Belgique francophone à ouvrir ses portes sur le cinéma international. Vous désirez une petite liste pour parfaire votre cinéphilie ? Voici, c’est gratuit : Park Chan-wook (Old Boy, Mademoiselle, Sympathy for Mr. Vengeance), Na Hong-jin (The Chaser, The Murderer, The Strangers), Kim Jee-woon (I Saw The Devil, The Good, The Bad, The Weird, A Bittersweet Life). Trois réalisateurs, neuf films, 100% kiff. Merci qui ?

III. Un réalisateur : Bong Joon-ho

Sans oublier celui qui nous intéresse aujourd’hui : Bong Joon-ho. Découvert en 2004 avec la sortie dvd de la claque « Memories of Murder », on se disait déjà à l’époque qu’il était un cinéaste en devenir. Changement radical de registre avec le culte « The Host » vu - et c’était une première dans nos contrées ou presque - dans un complexe cinématographique. On se souvient encore de la rayonnante salle UGC Eldorado qui le projetait en avant-première. Un must ! Par la suite, le metteur en scène ne nous a pas déçus avec son escapade hollywoodienne « Snowpiercer », film sous-estimé qui n’est pas parvenu à rencontrer son public, la faute à une campagne marketing foireuse. Et si sa maestria s’était quelque peu diluée dans le mélange des genres avec son « Okja » shooté pour Netflix, c’était pour mieux nous revenir avec ce « Parasite » sorti de nulle part.

IV. Un genre : la satire

L’histoire ? Celle d’un fils issu d’une famille pauvre qui parvient à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les richissimes Park. Le début d’un engrenage pernicieux et incontrôlable dont personne ne sortira véritablement indemne. Inutile d’en savoir davantage afin que vous puissiez apprécier les rouages d’un scénario implacable et ingénieux. Ce huis clos âpre d’une férocité jubilatoire joue sur la lutte des classes en évitant soigneusement l’écueil du manichéisme. Il y a d’une part les pauvres, claquemurés dans un sous-sol d’un petit boui-boui du bas de la ville. Et d’autre part les riches, confortablement installés dans une somptueuse demeure, aussi aérée que lumineuse, sise dans les hauteurs. Les indésirables en bas, les nantis en haut. Et dans ce théâtre domestique, tout est une question d’échelle, de niveaux, d’escaliers, de verticalité. Et de parasites aussi. Entre grandeur et décadence. Et cette vérité absolue distillée en filigrane d’un récit retors et acerbe : on est tous le parasite d’un autre.

V. Une note : cinq étoiles

Thriller satirique, fable sociale, comédie noire, drame familial, « Parasite », c’est tout ça à la fois et bien plus encore. Qu’on se le dise, nous sommes face à un pur coup de génie. Un tour de force monumental. Une éblouissante claque, même ! Cette œuvre prodigieuse et puissamment originale est d’une sidérante virtuosité. Bong Joon-ho orchestre de mains de maître un récit d’une incroyable richesse qui multiplie les rebondissements imprévisibles ainsi que les dialogues savoureux. Un scénar’ brillant et limpide qui ne se contente pas uniquement de son fameux coup de théâtre, lequel est, par ailleurs, savamment amené. Hargneux, fluide, redoutable, intelligent, burlesque, effrayant, kafkaïen, rythmé, explosif, ce très grand film est l’événement cinématographique de la rentrée culturelle à ne surtout pas rater. Imparable !

Note : 

Critique : Professeur Grant

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