samedi 9 novembre 2019

J'accuse




Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier.

Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées.
A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.








Roman vs Polanski

Polanski. Un patronyme qui déchaîne les passions. Tant dans la presse cinématographique que dans les médias généralistes internationaux. Preuve en est encore cette semaine avec la sortie de son nouveau film d’une part, et les nouvelles accusations de viol d’autre part. Dans « J’accuse », on aimerait dissocier l’homme de l’artiste mais c’est tout bonnement impossible tant l’affaire Dreyfus renvoie directement au sombre passé du Polonais. Ce dernier force d’ailleurs les parallèles en se mettant lui-même en scène lors d’un caméo superfétatoire qui n’a d’autre conséquence que de mettre de l’huile sur le feu du scandale. En cela, on peut se poser la question des véritables intentions du cinéaste. N’y a-t-il pas une part d’ironie dans ce projet ? On pourrait ergoter longtemps sur les arrière-pensées du réalisateur. Mais, il ne faudrait pas oublier les qualités cinématographiques intrinsèques de son nouveau long-métrage, à un poil du chef-d’œuvre absolu.

Jean Dujardin, remarquable

D’emblée, le metteur en scène nous glace le sang avec une scène d’une puissance folle : la dégradation du soldat juif Alfred Dreyfus, accusé de crime de haute trahison. Devant un parterre de militaires et d’officiels, on lui retire sa tenue, ses insignes, son arme, au rythme de la lecture du chef d’accusation. Mais face à l’humiliation publique, l’homme, réduit au rôle de bouc émissaire, garde son sang-froid, la tête haute. Incarné par un impeccable Louis Garrel, ce n’est pourtant pas lui que l’on va suivre durant les deux heures douze du film mais bien Jean Dujardin, remarquable dans le costume du lieutenant-colonel Picquart. Cet homme de l’ombre qui fera tout pour innocenter Dreyfus est fascinant. L’acteur trouve ici un grand rôle car c’est un personnage nuancé : raciste et courageux, il démonta le complot de l’armée française prête à mettre un mouchoir sur cette affaire. Prête à se compromettre, à se mentir, à rassembler des faux.

Une grande œuvre !

Son enquête est passionnante. Guidé par sa conscience, l’officier met tout en œuvre pour faire triompher la vérité. Il faut souligner ici la force d’un scénario écrit au cordeau par le tandem qui se cachait déjà derrière l’excellent « The Ghost Writer ». Robert Harris et Roman Polanski ont rédigé un récit haletant qui prend la forme d’un thriller sur fond d’espionnage. Avec ses 22 millions d’euros de budget, le metteur en scène a pu se faire plaisir et s’offrir des techniciens de renom : la direction artistique irréprochable de Jean Rabasse (Delicatessen), la superbe photographie de Pawel Edelman (Le Pianiste) ou encore la partition subtile d’Alexandre Desplat (The Shape of Water). Avec le concours de tels orfèvres, vous obtenez ipso facto une production française qui a fière allure. Et la mise en scène d’un classicisme idoine et assumé achève de faire de ce « J’accuse » la grande œuvre qu’on était en droit d’espérer.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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