mercredi 14 octobre 2020

ADN

 


Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses... Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN.


Acide Désoxyribo-Nucléique

Après « Pardonnez-Moi », « Le Bal des Actrices », « Polisse » et « Mon Roi », Maïwenn signe son retour dans les salles obscures avec « ADN ». Et comme à l’accoutumée, le film va diviser. Qu’elle le veuille ou non, elle est perçue par les cinéphiles comme une artiste clivante, ceci étant dû à son style narcissique et cathartique. Ici, l’actrice-scénariste-réalisatrice se raconte derechef à travers ses personnages. Singulier, ultra-sensible, bourré d’ego, excessif, ce nouveau long-métrage en partie autobiographique est du pain béni pour les contempteurs qui n’hésiteront pas à la tacler sur son aisance impudique à déballer sans filtre, et sur grand écran, les affres de son existence, ses émois personnels, ses tourments, questionnements, obsessions, doutes, peurs etc. Les thuriféraires de la cinéaste, quant à eux, s’y retrouveront car ils percevront cette connexion authentique, presque intime, que la metteuse en scène a tissée avec les spectateurs depuis ses débuts derrière la caméra.

Tourbillon émotionnel

Comme l’annonce le titre, il y sera question de quête identitaire. A la mort de son grand-père, patriarche et pilier d’une famille dysfonctionnelle au bord de la crise, Neige (Maïwenn herself, fidèle à elle-même) perd tous ses repères. En froid avec des parents furieusement toxiques, elle va questionner les liens du sang et vouloir connaître son identité dans la pluralité de ses racines. Entre rires et larmes, entre l’ire et la rage, le récit aborde une palanquée de thématiques : le poids du deuil, la migration et l’intégration, l’héritage culturel, la responsabilité des parents… Autant d’éléments traités avec plus ou moins de subtilité dans un scénario qui multiplie les tourbillons émotionnels. Si l’on peut regretter une certaine complaisance dans le pathos avec des effets tire-larmes superfétatoires, les scènes sont heureusement sauvées par une distribution de qualité d’où domine une impériale et jubilatoire Fanny Ardant dans le rôle de la mère. Ça fleure bon la nomination au César du meilleur second rôle !

Effet miroir

Par ailleurs, l’ensemble aurait pu être indigeste si Maïwenn n’avait pas ce don pour désamorcer les situations dramatiques avec des touches d’humour salvatrices arrivant toujours à point nommé. Chez elle, le rire n’est jamais vulgaire, gratuit ou déplacé, mais apparaît avec justesse pile-poil au bon moment. A ce propos, le personnage secondaire incarné par Louis Garrel est une bénédiction avec plusieurs punchlines désopilantes à son actif. Truculent, l’acteur parvient à insuffler un petit vent de légèreté dans un récit riche en confrontations électriques. On retiendra aussi quelques séquences tordantes comme celle du choix du cercueil (carton, pin ou chêne ?). A la fois drôle et bouleversant, sincère et décomplexé, personnel et universel, intime et extravagant, « ADN » s’affiche comme le parfait reflet de son auteure, une cinéaste qui sonde sa propre histoire et fait de ses aventures intérieures un sujet romanesque. Les laudateurs de son cinéma se plongeront avec délectation dans cette quête identitaire. Ses détracteurs passeront leur chemin.

Note : 

Critique : Professeur Grant


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