mercredi 7 octobre 2020

L'Origine du Monde

 


L'histoire suit Jean-Louis, un avocat quadra menant grand train qui se rend compte que son cœur ne bat plus. Face à cette situation extraordinaire, n'ayant pas l'appui de la science, il suit le conseil de sa femme: voir une thérapeute tendance gourou. Cette dernière lui conseille alors un remède pour le moins original voire délicat...



I. A l’origine

Quand on parle de « L’Origine du Monde », on pense directement au tableau controversé de nu féminin signé Gustave Courbet. Une œuvre symbolique et un titre évocateur souvent réutilisés dans le monde culturel. D’ailleurs, en 2013, l’auteur de théâtre Sébastien Thiéry reprend cet intitulé pour sa pièce dans laquelle il règle ses comptes avec sa mère. Aujourd’hui, Laurent Lafitte adapte ce vaudeville pour le grand écran à l’occasion de son premier passage derrière la caméra. Un film qui a reçu le label « Sélection Officielle Cannes 2020 » visant à mettre en lumière des métrages qui auraient dû être présentés sur la Croisette, si l’édition de cette année n’avait pas été annulée à cause d’une certaine pandémie.

II. Tabou ultime

Ecrivons-le sans ambages, le pitch est imparable. Jean-Louis (Lafitte himself) réalise en rentrant chez lui que son cœur s’est arrêté. Plus un seul battement, aucun pouls, rien ! Pourtant, il est conscient, il parle, se déplace. Encore vivant ? Déjà mort ? Ni son ami vétérinaire Michel (Vincent Macaigne, parfait), ni sa femme Valérie (Karin Viard, désopilante) ne parviennent à expliquer cet invraisemblable phénomène. Valérie se tourne alors vers Margaux (Nicole Garcia, géniale), coach de vie holistique un peu gourou, pas tout à fait marabout, mais très connectée aux forces occultes. Et elle a une solution qui va mettre Jean-Louis face au tabou ultime : prendre une photo de la vulve de sa mère (Hélène Vincent, merveilleuse).

III. Ubuesque

Lorsqu’il s’agit d’une adaptation cinématographique d’une œuvre venue des planches, bon nombre de metteurs en scène tombent facilement dans l’écueil du théâtre filmé. Pour son premier métrage en tant que réalisateur, le pensionnaire de la Comédie-Française ne craint pas la gageure et a eu la riche idée de s’accorder quelques extérieurs (l’escapade forestière, tordant !) et décors différents (le cabinet de la thérapeute), ainsi que l’une ou l’autre échappée (les rêves) donnant de la sève à l’ensemble. Soucieux du rythme, élément primordial de la comédie, ce dernier enfile à bride abattue les situations ubuesques, tendance gérontophile et œdipienne, et les dialogues absurdes dans un concentré d’humour grinçant.

IV. Corps et âme

Si l’ensemble manque parfois de finesse et qu’on y use et abuse de simagrées ridicules, la sauce prend et la farce vaudevillesque fonctionne. On rit à gorge déployée et on s’amuse des répliques ciselées débitées par un quintet de comédiens truculents qui se démènent pour donner du corps à leurs personnages. D’ailleurs, les acteurs se livrent dans le plus simple appareil lors d’une séquence pas piquée des hannetons. En sus, la promesse du titre est tenue. Gageons qu’aucun spectateur ne quittera la salle obscure avant la fin du générique ! A l’heure des pantalonnades lisses qui étouffent la comédie française, et les cinémas par la même occasion, on ne peut que saluer la démarche d’offrir aux cinéphiles une comédie qui sort des sentiers battus, allant jusqu’à susciter le malaise.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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