Le test DuVernay



Le test DuVernay est un hommage à Ana DuVernay. Née en 1972 en Californie, Ana DuVernay est une scénariste et cinéaste américaine, connue pour ‘Selma’ ou encore ‘A Wrinkle in Time’. Journaliste de formation n’ayant pourtant jamais suivi d’études de cinéma, elle fut conviée en 2013 à rejoindre l’Académie des arts et des sciences du cinéma pour ses contributions en tant que scénariste et réalisatrice. Un an plus tard, elle fut la première réalisatrice noire à être nominée aux Golden Globes. 

 

Dernièrement, nous vous parlions du test de Bechdel, cet outil pour évaluer la représentation des femmes sur grand écran. Après ce test qui pointe du doigt le sexisme sur grand écran, il était temps d’aborder un autre outil pour mettre en évidence une autre forme de discrimination.


Origines

Le test DuVernay a été imaginé par la scénariste et critique de cinéma du New York Times Manohla Dargis. Contrairement au test de Bechdel, le but de ce test est d’évaluer la représentation des personnes de couleur au cinéma. Idéalement, les Afro-Américains ou autres personnes issues d’une minorité devraient mener des vies riches et complexes plutôt que de servir de « meubles » dans des récits dominés par les blancs. Ce test a pour but de dénoncer ce déséquilibre.  


Bad buzz

                                                                            Selma, Los Angeles: Paramount Pictures., 2014.
 

Si le film d’Ana DuVernay ‘Selma’ fut boudé par l’Académie des Oscar malgré son propos sérieux et historique (seulement deux nominations en 2015), cela renforce la nécessité du test dont nous vous parlons aujourd’hui. En 2016, Ana DuVernay accueillit l’initiative avec beaucoup d’enthousiasme, se disant « flattée d’être associée à ce concept ». La même année, le hashtag #OscarsSoWhite faisait le buzz sur les réseaux sociaux. À l’heure où les acteurs et actrices de couleur se battent encore durement pour décrocher des rôles principaux et / ou peinent à convaincre des producteur-trice-s pour des projets divers et variés, ce test est toujours d’actualité. Viola Davis déclarait il y a quelques temps : « On ne peut pas gagner des prix pour des rôles qui n’existent simplement pas ». De quoi dénoncer une industrie hollywoodienne encore trop tournée vers le passé.


Les critères

La réalisatrice Nadia Latif et la journaliste de cinéma Leila Latif – qui sont sœurs – ont proposé d’aller encore plus loin avec le test Latif puisque le test DuVernay se résume à une question binaire avec pour seule réponse un oui ou un non.

Selon elles, leur test se focalise sur quatre critères à respecter :

1) deux personnages noirs (dont on connaît de préférence le nom) qui se parlent ;

2) qui ne sont pas unis par une romance ;

3) dont le but n’est pas de conforter ou d’aider un personnage blanc ;

4) ne reproduisant pas le stéréotype du guide spirituel / meilleur pote noir.


Quatre œuvres qui passent le test DuVernay :

                                                                                           Dune, Los Angeles: Warner Bros., 2021.

- ‘Black Panther’ (Contrairement à d’autres films Marvel)

- ‘Parasite

- ‘Dune

- La série ‘Brooklyn Nine-Nine


Le film ‘Sinners’, très remarqué aux Oscar cette année, passe difficilement le test DuVernay mais ne passe par contre pas celui de Bechdel. En effet, les femmes présentes ne semblent pas mener une vie riche et épanouie et ne discuteraient presque exclusivement que des hommes présents dans leur entourage. Quant aux protagonistes principaux, ils évoluent dans un monde dominé par les blancs où il était difficile de se faire un nom en tant que membre d’une minorité ethnique.


Quatre œuvres qui ne le passent pas :

                                                                                            Friends, Los Angeles: NBC Universal., 1994.

- ‘Ghostbusters’. Ernie Hudson, le seul acteur noir du casting principal, est le seul à disposer d’aussi peu de répliques.

- ‘The Matrix’. Les conversations entre les personnages issus de minorité (Morpheus en tête) ne tournent qu’autour de Néo (Keanu Reeves) et sur la manière dont ils peuvent seconder ou protéger l’élu.

- ‘The Help’. Le film est raconté du point de vue d’une femme blanche alors qu’elle n’est pas l’héroïne de l’histoire.

- la série ‘Friends’. Le show incluait une bonne vingtaine d’acteurs Afro-Américains pendant toute la période de diffusion mais ces rôles étaient mineurs ou ne servaient qu’à faire avancer le scénario. Était-ce un moyen pour les showrunners de cocher la case diversité en oubliant de donner de l’épaisseur à ces personnes de couleur ? Probablement.



Goupil



Sources :

www.theguardian.comwww.masterclass.comwww.filminquiry.com et www.salon.com

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