Juste une illusion
Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.
Juste une illusion des années 80
Cela fait bien maintenant une
quinzaine d’années que le septième art se rappelle au bon souvenir des années
80. Si Hollywood a très vite lancé des métrages surfant sur la vague des
productions Amblin par exemple (souvenez-vous du pastiche spielbergien Super 8 signé J.J. Abrams), le cinéma
hexagonal a également sorti l’un ou l’autre film singeant les eighties, à l’image du sympathique De l’autre côté du périph, polar à la
sauce buddy movie, genre à la mode à
l’époque. Et visiblement, en 2026, le soufflé n’est toujours pas retombé.
En cette saison printanière, on
voit sortir coup sur coup deux comédies populaires : après le bien nommé Police Flash 80 avec notre François
Damiens national, voilà que débarque dans les salles obscures le nouveau feel-good movie du tandem Eric
Toledano/Olivier Nakache Juste une
illusion. Une chronique familiale douce-amère sur cette période de
l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas « Just an
illusion », comme le chantait, en 1982, le trio anglais Imagination dans
son tube post-disco.
Toledano-Nakache, fleuron hexagonal du vivre-ensemble
Avant d’aborder le film, revenons
sur la paire Toledano-Nakache, marque de prestige s’il en est. Un fleuron
hexagonal du vivre-ensemble reconnu pour son indéniable savoir-faire dans
l’auscultation fine des rapports humains qui se jouent dans les cercles
familiaux, amicaux et professionnels. Pour le cinéphile comme pour le grand
public, il s’agit d’un label de qualité qui invite à pousser les portes du ciné
sans même connaître le synopsis. Cette estampille incontournable du cinéma
français promet à son audience de vivre un voyage émotionnel par procuration tout
en lui assurant le sacro-saint divertissement.
A mi-chemin entre le cinéma
d’auteur et la comédie populaire, entre rires et larmes, leur cinéma convoque
toujours les émotions à travers une thématique sociétale, tout en évitant l’écueil
de la formule trop bien établie : le handicap et la fracture sociale dans Intouchables, la précarité des
travailleurs sans-papiers dans Samba,
les rapports de force dans le monde du travail dans Le Sens de la Fête ou encore l’autisme et le dévouement du secteur
associatif dans Hors Normes. Une
filmographie irréprochable (on ferme les yeux sur leur premier film Je préfère qu’on reste amis…) derechef magnifiée
par leur dernière livraison.
Un bonheur que l’on savoure sans cligner des yeux
Ecrivons-le tout de go, Juste une illusion est une réussite.
Mieux, un antidépresseur. Celui qui redessinera un large sourire sur votre
minois miné par les crises économiques et géopolitiques successives qui gâchent
votre quotidien. Une bulle de déconnexion fine et intelligente qui, en un peu
moins de deux heures, vous transporte dans les années Mitterand, à l’heure des
vidéoclubs et de leurs chambres grivoises (La Ruée vers Laure !), au
rythme du jeu radiophonique de la Valise sur RTL et au son des tubes chargés de
synthé dans le gaz.
Les réalisateurs parviennent
facilement à nous plonger dans cette époque troublée (le chômage frappe de
plein fouet nos protagonistes) grâce à un travail de reconstitution au cordeau
avec une panoplie de détails jamais gratuits, à une écriture aux petits
oignons, et à une direction d’acteurs remarquable. A l’écran, une troupe de
comédiens au diapason : la touchante Camille Cottin, l’irrésistible Louis
Garrel, dans un rôle à contre-emploi, l’inénarrable Pierre Lottin, sans oublier
les jeunes révélations Simon Boublil et Alexis Rosenstiehl qui leur tiennent la
dragée haute. Tout ce beau monde fait des étincelles, et le public d’apprécier
la magie opérer sur la toile. Un bonheur que l’on savoure sans cligner des yeux,
de peur de perdre de vue ces personnages qu’on ne veut surtout pas quitter.
In fine, si le film sonne aussi juste,
c’est parce qu’il sent le vécu. Il s’en dégage une touchante sincérité ;
les metteurs en scène se livrent ici comme jamais, avec une infinie tendresse
et une sacrée dose d’humour. On reconnait d’ailleurs leur sens de la punchline, du bon mot ou de la saillie
malicieuse. Du pain béni pour les acteurs, tout comme les spectateurs. Aussi
désopilant qu’émouvant, Juste une
illusion signe le retour fracassant d’un tandem de cinéastes qu’il nous
tarde déjà de retrouver.
Note : ★★★
Critique : Professeur Grant

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