La Bataille de Gaulle - partie 1 : L'Âge de Fer

 


Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.


Cela devait être la deuxième grande fresque historique française de l’année après le remarquable Les Rayons et les Ombres. Un projet d’envergure, porté par des ambitions considérables, destiné à faire revivre l’une des périodes les plus décisives du XXe siècle. Au terme de la projection, le constat est pourtant sévère : La Bataille De Gaulle : L’âge de fer ressemble moins à un grand film de cinéma qu’à une succession d'événements historiques consciencieusement illustrés.

Du côté de la production, on insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un biopic. C’est exact. Mais l’œuvre tombe dans un travers peut-être encore plus problématique : celui de la reconstitution encyclopédique façon fiche Wikipédia. Le métrage traverse les années 1940 à 1942 avec une application quasi scolaire, alignant les faits marquants sans jamais parvenir à les transformer en véritable matière dramatique.

La déception est d’autant plus grande que tous les ingrédients semblaient réunis. Le sujet demeure passionnant et d’une actualité troublante à l’heure où les démocraties européennes sont de nouveau confrontées à de nombreuses incertitudes. Antonin Baudry avait également démontré avec Le Chant du Loup sa capacité à conjuguer grand spectacle et point de vue pertinent. Quant aux moyens mis à disposition par la maison Pathé, ils témoignent d’une ambition rarement observée dans le paysage hexagonal contemporain.

Mais nonobstant ses 74 millions d’euros de budget, ce premier volet d’un diptyque maous (La Bataille De Gaulle : J’écris ton nom sort ce 1er juillet) peine constamment à susciter l’intérêt. Les 2h40 paraissent interminables tant le scénario se contente d’assembler les grands épisodes historiques sans leur donner un véritable souffle narratif. Le film avance mécaniquement d’un événement à l’autre, comme si la seule importance des faits suffisait à captiver le spectateur.

Pour tenter de singulariser son approche, Baudry choisit alors de revisiter la figure du Général, comme il l’avait fait avec Dominique de Villepin dans Quay d’Orsay. Son De Gaulle multiplie les formules sentencieuses et les répliques censées marquer les esprits mais qui finissent parfois par susciter des sourires embarrassés. Le réalisateur semble hésiter en permanence sur le ton à adopter. Cherche-t-il à réaliser un grand drame patriotique ou une satire bédéesque du pouvoir et des mythes nationaux ? Le film ne tranche jamais réellement.

Une certitude pourtant : le mélange des genres ne prend pas. Cette indécision mine l’ensemble. Certaines scènes fonctionnent lorsqu’elles assument pleinement leur gravité, tandis que d’autres paraissent sortir d’un métrage différent. Une séquence sur deux convainc, l’autre laisse perplexe. Le principal responsable de cette discontinuité reste l’écriture du personnage central. Simon Abkarian, irréprochable d’engagement, s’efforce de donner de l’épaisseur à cette version parfois caricaturale du Général, mais il se heurte constamment aux limites du scénario.

L’autre faiblesse du film réside dans son intrigue parallèle consacrée à un résistant dans le Paris occupé. Sur le papier, cette trajectoire devait probablement permettre d’incarner la guerre à hauteur d’homme. Dans les faits, les enjeux demeurent trop faibles et le personnage trop peu développé pour que son parcours suscite un réel intérêt. Cette sous-intrigue apparaît davantage comme un frein au rythme déjà laborieux du récit qu’un enrichissement de celui-ci.

Puis survient enfin ce que l’on attendait depuis le début : du cinéma. Lorsque Baudry abandonne les longues scènes d’exposition et de logorrhée filmées en champs-contrechamps, le film révèle soudain ses qualités. La mise en scène retrouve de l’ampleur, les images gagnent en puissance et un véritable souffle épique traverse enfin le récit.

Le point culminant demeure incontestablement la séquence consacrée à la bataille de Bir Hakeim. Pour la première fois, tous les éléments convergent. La tension dramatique, le sens du sacrifice, la gravité de l’engagement militaire et l’interprétation impressionnante de Benoît Magimel produisent enfin l’émotion que le film recherchait depuis son ouverture. Ici, le premier degré fonctionne parfaitement. Nul besoin d’ironie ni de décalage.

Malheureusement, chaque embellie est rapidement interrompue par le retour du personnage de De Gaulle, dont la représentation continue de parasiter un récit plombé par ses ruptures de ton. Deux films semblent alors cohabiter sans jamais parvenir à fusionner : d’un côté un film de guerre ambitieux et parfois remarquable ; de l’autre un portrait de De Gaulle étonnamment maladroit.

Le résultat laisse une impression frustrante. Car derrière ses défauts se devine la grande œuvre qu’elle aurait pu être. Avec davantage de cohérence tonale et un personnage principal mieux écrit, La Bataille De Gaulle : L'âge de fer aurait pu devenir une production majeure du cinéma historique français. En l’état, il demeure un spectacle souvent superbe visuellement, ponctué de quelques séquences impressionnantes, mais incapable de donner chair à son sujet principal. On attendra la vision de la deuxième partie pour se forger un avis définitif sur cette œuvre.

Note : 
Critique : Professeur Grant

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