Toy Story 5
Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu'ils découvriront que ce qui obsède les enfants d'aujourd'hui s’appelle... l'électronique !
Courez-y ! C’était la conclusion de notre critique de Toy Story 4 ; ce sera aussi celle de Toy Story 5. Un cinquième chapitre qui marque le comeback d’Andrew Stanton, scénariste historique de la saga. Et une évidence s’impose : le sexagénaire demeure infiniment plus inspiré lorsqu’il anime des jouets que lorsqu’il filme des acteurs. Le début d’année nous l’a rappelé avec une certaine cruauté. Son In the Blink of an Eye, ambitieuse incursion dans la science-fiction en prises de vues réelles, s’est soldé par un revers critique si cuisant que Disney a préféré l’expédier discrètement sur sa plateforme de streaming. Chez Mickey, les traumatismes financiers ont la mémoire longue : le gouffre laissé par John Carter (2012), première aventure en live-action de Stanton, continue manifestement de hanter les bureaux de Burbank. Ce retour à l’animation n’a donc rien d’anodin. Il ressemble moins à un repli qu’à une réconciliation avec un terrain sur lequel le cinéaste n’a finalement jamais trouvé d’équivalent.
Comme tous les aficionados de
Pixar, nous pensions que la trilogie originelle constituait un point final
idéal. Nous le pensons toujours. Pourtant, Toy
Story 4 avait réussi l’impensable : justifier sa propre existence. Dès
lors, l’annonce d’un cinquième épisode ne pouvait susciter qu’un mélange de
méfiance et d’envie. Autrement dit, un double sentiment nous traversait : une
inquiétude réelle, tempérée par une forme d’espoir tenace. La lampe bondissante
réussirait-elle un nouvel exploit et signerait-elle une improbable manita, pour reprendre le jargon
footballistique ? La réponse est sans appel. Après un Hoppers sympathique mais étonnamment anecdotique, le studio d’Emeryville
retrouve ici la maîtrise insolente qui a bâti sa réputation.
Le film aligne tout ce qui fait
la force de la franchise : action, humour, émotion, mélancolie, et ces
thématiques toujours justes, portées par un concept suffisamment fort pour nous
ramener une nouvelle fois en salle. Cette fois-ci, une idée qui sonne comme une
évidence : l’arrivée des jouets électroniques et la dépendance aux écrans
comme menace directe à l'imaginaire créatif des enfants. Bon Dieu mais c’est bien sûr !, comme dirait l’inspecteur
Bourrel. Une idée de génie pour relancer la machine et confronter nos personnages
préférés à une nouvelle adversité. Au moyen d’un récit moderne et pertinent mené
tambour battant – cette fois-ci centré sur Jessie, la fameuse cowgirl
rencontrée dans Toy Story 2, et Bonnie,
la petite propriétaire rencontrée dans Toy
Story 3 –, le film aborde avec subtilité les conséquences d’un monde
hyperconnecté : isolement, anxiété, fragilisation de l’estime de soi et quête
permanente de validation sociale.
Sans jamais céder à la morale ni
au ton péremptoire, Toy Story 5 capte
avec justesse l’air du temps et ses inquiétudes contemporaines, tout en remplissant
pleinement sa mission première : divertir nos chères têtes blondes et passionner
leurs darons avec des péripéties aventureuses pas piquées des hannetons, des
émotions à fleur de peau ainsi que des gags et des dialogues qui font mouche.
Cerise sur le gâteau : le travail esthétique sur les textures, les rendus
et les détails flatte toujours autant la rétine, même si le cinéphile
pointilleux que nous sommes reconnaîtra une animation légèrement moins
vertigineuse que dans le précédent opus. La narration, d’une redoutable
efficacité, s’appuie également sur des atouts périphériques solides, du casting
vocal à la composition musicale signée Randy Newman. Dans une saison estivale saturée
de productions animées (Minions &
Monsters, PAW Patrol: The Dino Movie, La Fille dans les Nuages), Pixar
semble une nouvelle fois tirer son épingle du jeu. Au risque de se répéter :
courez-y !
Note : ★★★★
Critique : Professeur Grant

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