La Bataille De Gaulle - Partie 2 : J'Écris Ton Nom

 


Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.


Chose promise, chose due. Un mois après la publication de notre critique de L’Âge de fer, première partie du diptyque La Bataille De Gaulle, voici notre compte rendu du second volet, intitulé J’Écris ton nom et sorti en juillet dernier. Si les deux opus ont été tournés simultanément, il faut néanmoins considérer ce biopic consacré à la figure de Charles de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale comme deux œuvres autonomes et non comme un seul long-métrage scindé en deux, à l’instar du Kill Bill de Quentin Tarantino. Deux films issus d’un même tournage, mais que tout, ou presque, oppose.

Et, pour bien marquer cette rupture, le réalisateur Antonin Baudry a fait appel à deux compositeurs. « Pas la même musique, pas la même énergie », confiait-il à ce propos dans le magazine Première. Une déclaration qui dépasse largement le simple choix musical tant elle résume l’ambition de ce second chapitre. Car tout est, en effet, une question d’énergie lorsqu’il s’agit d’assembler ces deux fictions jumelles. Là où L’Âge de fer n’en finissait pas de toussoter, prisonnier d’un découpage hésitant et d’une narration incapable de trouver son rythme, J’Écris ton nom déploie un véritable souffle épique. Sa mise en scène épouse désormais le mouvement du récit au lieu de le contrarier, donnant naissance à une fresque historique autrement plus ample et plus incarnée.

Force est de constater que le Français réussit nettement mieux cette dernière livraison, qui s’éloigne de la première tant par sa tonalité que par la maîtrise de sa mise en scène. Débarrassé de ses errements, il semble enfin avoir trouvé le point de vue qui faisait défaut à L’Âge de fer. On se souvient que le cinéaste avait alors constamment le cul entre deux chaises, hésitant entre le grand drame patriotique et la satire bédéesque du pouvoir et des mythes nationaux. Cette hésitation contaminait jusqu’à la réalisation, incapable de choisir entre l’emphase héroïque et la distance ironique. La suite, au contraire, s’affiche ouvertement comme une épopée célébrant le sens du devoir et du sacrifice des résistants. À partir de ce parti pris enfin assumé, tout le dispositif retrouve une cohérence qui faisait cruellement défaut au premier opus. Le scénario gagne en densité dramatique tandis que le montage cesse enfin d’empiler les épisodes historiques pour leur donner une véritable continuité narrative. Désormais, Baudry ne se contente plus d’illustrer l’Histoire, il la met en scène.

Le quinquagénaire en a même fini avec cette fâcheuse tendance à tourner systématiquement le Grand Charles en dérision, rendant ainsi justice à la prestation de Simon Abkarian, que la direction d’acteur du premier film poussait inutilement vers la caricature. Plus mesuré, plus en phase avec les enjeux du récit, le comédien retrouve toute l’épaisseur dramatique de son personnage et démontre, une nouvelle fois, l’étendue de son talent. Le reste de la distribution est à l’avenant : Simon Russell Beale est, une nouvelle fois, impeccable en Winston Churchill ; Thierry Lhermitte, impayable en Henri Giraud ; Félix Kysyl, passionnant en Jean Moulin ; et Anamaria Vartolomei, touchante en résistante proche de « Rex ». Mention spéciale à Niels Schneider, qui campe un Général Leclerc habité, stratège et obstiné. Par sa sincérité et son intensité, le comédien s’impose comme l’un des grands artisans de la réussite de ce métrage, au point de pouvoir sérieusement prétendre au César du meilleur acteur dans un second rôle. Même la partition de Théo Cascio prend de l’ampleur, épousant avec justesse les mouvements du récit plutôt que de simplement souligner les images, et fait oublier celle, beaucoup plus anecdotique, de Volker Bertelmann dans le premier film.

En définitive, J’Écris ton nom parvient à clôturer ce diptyque sur une note résolument positive. Mieux encore, il réhabilite en partie un projet que son premier chapitre avait laissé dans une position inconfortable. En corrigeant presque point par point les errements de L’Âge de fer, Antonin Baudry démontre que son ambition de signer une grande fresque historique n’était pas vaine ; elle était simplement entravée par un premier volet incapable de trouver le ton juste. Une conclusion solide et maîtrisée qui emporte l’adhésion, tout en laissant planer un léger regret : celui de ne pas avoir vu cette même maîtrise irriguer l’ensemble du diptyque.

Note : 
Critique : Professeur Grant

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