The Odyssey
L’Odyssée est une épopée mythique qui suit le retour d'Ulysse vers Ithaque.
La critique suivante n’a pas pour but d’évaluer si Christopher Nolan est toujours au sommet de son art, mais plutôt de voir s’il parvient à adapter fidèlement ce long poème lyrique sur grand écran.
Culmination d’une tradition orale et début d’une tradition écrite, l’Odyssée est une œuvre incontournable pour les amateurs de littérature. Ulysse est une figure connue du septième art. En 1954, Kirk Douglas prête ses traits à Ulysse dans le long-métrage éponyme. Ce n’est que quatre décennies plus tard, en 1997, qu’une adaptation décente débarque à la télévision. Tout le monde se souvient encore de ‘Troy’, sorti en 2004. À l’époque, Wolfgang Petersen adaptait l’Iliade sous la forme d’un film grand public où Brad Pitt montrait ses muscles saillants. Nolan fait-il mieux ? Avec 91 jours de tournage et six pays explorés (Italie, Islande, Grèce, Maroc, Espagne et Écosse), le tournage de cette deuxième épopée homérique était loin d’être une sinécure. Pour ce faire, Christopher Nolan s’est entouré de ses fidèles collaborateurs. Le chef opérateur Hoyte Van Hoytema ('Interstellar') signe des plans absolument majestueux. Son travail sur la lumière sera probablement étudié dans les écoles de cinéma. Ludwig Göransson ('Oppenheimer') compose quant à lui des musiques avec des instruments antiques d'époque qui ne manqueront pas de vous hanter après la projection.
Au terme de trois actes répartis sur près de trois heures, il est clair que Nolan a réussi son pari. Cela fonctionne du début à la fin. Perfectionniste, il actualise le mythe d’Ulysse en lui conférant une dimension judéo-chrétienne (« Ne fais pas à autrui… »), qui s’ajoute au devoir sacré d’hospitalité inscrit dans le matériau d’origine (la fameuse xénia chez les Grecs). Il ne s'agit pas d'une simple adaptation, mais d'une réinterprétation.
Si le film épate visuellement, surtout en IMAX, il ne coche cependant pas toutes les cases de la check-list du chef-d’œuvre. En effet, quelques nuages viennent ternir ce somptueux tableau. Devant la caméra de Nolan, Ulysse (incarné par Matt Damon) devient un personnage lisse, voire unidimensionnel, à l’opposé de l’être rusé et manipulateur dépeint par Homère. L’humour a aussi presque entièrement disparu du récit. Pire encore, les figures féminines, telles que Pénélope (Anne Hathaway), Circé (Samantha Morton) ou Calypso (Charlize Theron), sont reléguées au rang de simples figurantes. Iphigénie, la fille sacrifiée d’Agamemnon, n'est même pas nommée. Enfin, Nolan s'écarte de la vision du héros grec. Ulysse est donc un véritable héros au sens moderne du terme. Courageux, bienfaiteur, fidèle. Il ne va d'ailleurs pas « voir ailleurs » comme chez Homère (du moins, pas à l'écran). Il n'a pas non plus d'esclaves dans son palais, mais plutôt des « servantes ».
Nolan exprime toutefois une critique subtile à l'encontre des politiques et des dirigeants pour qui la loi du plus fort semble encore prévaloir aujourd’hui, au détriment de toutes les valeurs de notre civilisation actuelle. Alors qu'Ulysse évoque la fin de l’âge de Bronze, Nolan, lui, met en garde contre la fin de l’époque contemporaine. Quand les personnes au pouvoir ne suivent plus les règles, la société s’effondre. C’est ce qui se passe actuellement aux États-Unis.
Si
l'on s'attendait à une nouvelle pépite filmique du cinéaste
anglais, nous ne sommes pas très loin du but, même si l'on aurait
apprécié une version moins édulcorée du texte d'Homère.
Pour
aller plus loin, nous ne pouvons que vous conseiller la première
traduction féminine d’Homère (Emily H. Wilson, 2017) ou encore la
série Troy: The Fall of a City, sortie en 2018 et disponible sur
Netflix.
Note : ★★★ (adaptation) / ★★★★ (objet filmique)
Critique : Goupil

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