The End of Oak Street

 


Suite à un étrange événement cosmique, le quartier d’Oak Street se retrouve transporté en un lieu mystérieux. Les Platt, qui ne reconnaissent plus leur environnement familier, ne tardent pas à comprendre qu’il leur faut absolument rester unis s’ils veulent s’en sortir…



Dinomania : encore et toujours

À l’orée des années 90, la dinomania fait rage : supermarchés, magasins de jouets, vêtements, télévision, littérature… Qui a dit que les dinosaures étaient éteints ? Sans crier gare, des allumés ont remis les tyrannosaures et autres tricératops à l’avant-plan. Les plus illuminés : la paire Michael Crichton-Steven Spielberg avec Jurassic Park, classique instantané et mètre-étalon absolu de la fiction paléontologique.

Héritiers de cette vague culturelle et scientifique, nous avions le choix, cet été, entre deux propositions cinématographiques aux antipodes l’une de l’autre : s’échouer sur une île tropicale inexplorée et peuplée de sauropodes en compagnie de la Pat’Patrouille (le bien nommé Paw Patrol : The Dino Movie) ou survivre dans une banlieue résidentielle du Michigan soudainement transportée à l’ère Mésozoïque (l’intriguant The End of Oak Street).

Si nous n’avions rien contre l’adorable gang de chiots mécanos qui sévit d’ordinaire dans la Grande Vallée, voir le tandem formé par Ewan McGregor et Anne Hathaway se démener pour ne pas finir dans l’assiette d’un allosaure vorace nous a semblé autrement plus enthousiasmant que de suivre des représentants de la gent canine sauver le monde à coups de gadgets d’une folle ingénierie. Grand bien nous a pris ? Oui... et non. Explications.

The Mitchell vs. The Dinosaurs

À l’actif de ce blockbuster estival sorti de nulle part : l’idée originale du récit paraphé par David Robert Mitchell, auteur-réalisateur du film d’horreur psychologique It Follows, qui s’amuse ici à recycler, avec une bonne dose de malice, le dernier acte de The Lost World de Tonton Spielby. Un quartier pavillonnaire, des familles bien comme il faut qui y déambulent et des reptiles d’un autre temps débarqués à l’improviste pour jouer les trouble-fêtes. Nous, on signe des deux mains, fantasmant secrètement un simili-Jurassic Park retors, teinté d’effroi et d’un zeste de gore. Las ! Désillusion.

D’humeur nostalgique, le quinquagénaire fait fi de sa singularité pour mieux surfer sur la vague du revival eighties, en singeant avec application l’imagerie doudou des divertissements estampillés Amblin. Tout y est : la famille dysfonctionnelle, les halos de lumière aveuglants, les pérégrinations à vélo, les envolées symphoniques façon John Williams… On attend presque E.T. débarquant au détour d’un lotissement. Bref, nous baguenaudons en terrain connu. Pas étonnant de retrouver l’ami J.J. Abrams à la production, lui qui a jadis mis en scène le très spielbergien Super 8. La boucle est bouclée.

Mélange des genres

Incapable de se défaire de son ADN horrifique, David Robert Mitchell s’essaie à un mélange des genres qui semble davantage être le corollaire de problèmes de production que d’une véritable volonté artistique. Le montage chaotique vient confirmer cette absence de vision narrative partagée. The End of Oak Street oscille sans cesse entre drame familial, survival, comédie absurde et science-fiction vintage. Cette incertitude tonale n’est pas sans produire quelques étincelles, mais accouche in fine d’un ensemble assez décousu.

En introduisant une terreur viscérale et tragique au beau milieu du récit, le réalisateur supprime toute sensation de sécurité et transforme une aventure étrange en véritable thriller de survie. Cette rupture de ton prend le public à revers. D’aucuns y verront un coup de génie installant de vrais enjeux de mort, d’autres un excès de malice et de violence qui brise non seulement la cohérence du film, mais aussi l’attachement émotionnel aux personnages.

Sélection naturelle

Un lien déjà plus que fragile, tant le scénario ne se foule guère pour imaginer des rebondissements. Preuve en est les décisions souvent absurdes prises par des protagonistes totalement démunis d’instinct de survie, de bon sens, voire carrément de matière grise. Même les cabots brico-rigolos Chase, Marcus, Ruben et consorts de la Pat’Patrouille font preuve de plus de jugeote. L’histoire repose ainsi sur une succession de choix débiles destinés à faire progresser la menace. Là où nous devrions trembler pour la vie de ces individus, nous finissons par espérer leur trépas, tant leurs agissements sont contraires à toute logique de survie. Quand les personnages font systématiquement le mauvais choix au pire moment, ce n’est plus de la tension dramatique, mais de la sélection naturelle.

Plus généralement, c’est tout le récit qui prend l’eau, et ce, jusqu’au dénouement. On ne compte plus les sous-intrigues sous-développées ; certaines pistes secondaires disparaissent brusquement, d’autres sont résolues à la hussarde, sans réelle portée narrative. Quant au spectateur, il peut toujours se brosser pour obtenir des explications sur la faille spatio-temporelle. Le climax bâclé achève tout espoir de réflexion post-visionnage, le cinéaste semblant nous hurler dans les esgourdes : « Tais-toi, c’est magique ! ». Une pirouette scénaristique qui ne surprend plus et qui a surtout le mérite de rappeler qu’en matière de science-fiction, tout est possible. Même ne rien expliquer.

En demi-teinte

Au sortir de la projection, le résultat est donc mitigé. Un premier acte lent à la détente, un deuxième le cul entre deux, trois, quatre, cinq... chaises et un troisième en roue libre. The End of Oak Street est une superproduction hollywoodienne bancale, incapable de tenir toutes ses promesses, mais qui réussit malgré tout à maintenir l’attention (et la tension) grâce à un casting qui s’éclate, des effets spéciaux plutôt impressionnants, un humour noir parfois bienvenu, un bestiaire peuplé de créatures cauchemardesques et des séquences de spectacle généreuses aux allures de jeux de massacre, réglées au cordeau côté mise en scène.

Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain, d’autant que l’intrigue reste contenue (emballé, c’est pesé : 1h40) et efficace en matière de divertissement. Si tout du moins vous parvenez à stopper vos connexions synaptiques. Le genre de film que l’on regarde avec un sourcil levé et l’autre vaguement intrigué. Les plus enthousiastes s’en tiendront à cela, tandis que les plus exigeants se remateront derechef l’inégalable pièce maîtresse du genre : Jurassic Park.

Note : 
Critique : Professeur Grant


Commentaires

Articles les plus consultés