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lundi 1 janvier 2018

Bilan 2017 - le "Top 10" du Professeur Grant

Hier 2017, aujourd’hui 2018. Qu’on se le dise, et contrairement à 2016, l’année dernière fut un millésime cinématographique ; de janvier à décembre, le cinéphile a vu débouler dans les salles obscures une palanquée de longs-métrages de qualité de genres différents: science-fiction, guerre, comédie, drame, thriller, fresque, documentaire etc. Difficile dès lors d’épingler une dizaine d’œuvres dans une rétrospective. Mais, comme le dit l’adage, « choisir, c’est renoncer ». Alors, sacrifions à la tradition! Voici les dix films qu’il ne fallait pas louper en 2017.






1. Blade Runner 2049




C’est rare mais, de temps à autre, il saute aux yeux telle une évidence. Le miracle de voir une suite meilleure que l’original. Trente-cinq ans après « Blade Runner », Ridley Scott passe la main au Canadien Denis Villeneuve après avoir déçu les fans hardcore de la saga Alien avec « Covenant » en mai dernier. Le Québécois relève non seulement la gageure de réaliser un sequel qui tient la route, nonobstant les nombreuses pierres d’achoppement parsemées sur le parcours de production, mais se permet en outre de hisser son long-métrage au rang de chef-d’œuvre du genre. Le projet particulièrement périlleux voire casse-gueule prend une ampleur inédite grâce au talent fou du metteur en scène, véritable auteur de blockbuster à l’instar de Christopher Nolan.

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En épousant le point de vue de James Baldwin, dont le charisme transparait d’emblée à l’écran avec sa voix de dandy, ses discours électrisants et sa présence élégante, le documentariste Raoul Peck met en lumière le regard extrêmement lucide d’un penseur sous-estimé du XXe siècle. Et rien que pour ça, « I Am Not Your Negro » est à voir absolument. Il est même indispensable à l’heure où les spectres du nationalisme et du racisme hantent le Vieux Continent (l’actualité hexagonale nous l’a encore prouvé). D’aucuns affirment que le documentaire est d’utilité voire de nécessité publique. On ne peut leur donner tort tant la prose éclairée, puissante et vivifiante de l’esthète humaniste sonne terriblement actuelle. Édifiant.

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3. Manchester By The Sea




Le réalisateur Kenneth Lonergan met ses qualités d’auteur au service d’un récit dense et habile dans sa manière d’agencer les flash-back, dévoilant au compte-gouttes les éléments tragiques liés au mal-être du héros (incroyable Casey Affleck, récompensé par un Oscar pour ce rôle). L’acuité de sa mise en scène épurée, toute en nuance et en finesse, permet au cinéaste d’éviter l’écueil du pathos et de se débarrasser des facilités du genre comme des trémolos afin de livrer un mélodrame digne, poignant, à mille lieux des productions larmoyantes à faire pleurer dans les chaumières. Bref, « Manchester by the Sea », c’est le cinéma indépendant américain à son meilleur et vous auriez tort de vous en priver.

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4. Dunkirk




L’Opération Dynamo ne détenait pas encore son œuvre de référence. C’est désormais chose faite. En témoigne le niveau de virtuosité que Christopher Nolan expose tout au long de cette heure quarante-cinq de métrage. Immersif, viscéral, tendu, le film est une course contre la montre haletante. Le réalisateur fait montre d’une extraordinaire maestria tant dans sa mise en scène que dans son récit, lesquels nous font vivre le cauchemar voire le traumatisme de la guerre : l’effroi, l’attente, l’asphyxie, le froid, le désespoir. Le cinéaste tente de nous faire ressentir les peurs primaires, les émotions originelles. Assis sur son siège, le spectateur vit une expérience physique et sensorielle aussi puissante qu’éprouvante. On ne s’en est toujours pas remis.

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5. Au revoir Là-Haut




Mieux qu’une adaptation plan-plan, Albert Dupontel s’approprie véritablement ce best-seller et le condense pour en tirer l’essence même du matériau - sa puissance narrative et sa force pamphlétaire -, quitte à changer le dénouement de l’histoire et à revoir la structure. Toutefois, il veille bien à le faire sans dénaturer le propos ni la charge politique de l’ouvrage. Aventure, humour, poésie et émotion se conjuguent alors dans cette fresque picaresque emballée dans l’écrin d’une mise en scène virtuose. Et c’est là tout le génie formel du metteur en scène qui s’exprime, loin de tout naturalisme, militant davantage pour l’approche lyrique et le romanesque. Plans-séquences, plongées, contre-plongées etc., le réalisateur, au sommet de sa verve, se réinvente sans cesse et s’octroie toutes les fantaisies, jusqu’à s’offrir des mouvements de drones, affirmant par la même occasion l’importance du regard imaginaire, laquelle traverse l’ensemble de sa filmographie.

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6. Get Out




Là où les traditionnelles séries b d’épouvante, lâchées à la pelle dans nos salles obscures, se singent les unes les autres et ne font finalement que recycler une formule éculée voire obsolète, Jordan Peele se permet de transcender le genre par une allégorie puissamment surprenante sur le fait d’être noir aujourd’hui chez l’Oncle Sam. Son scénario, habilement ficelé, aborde la question raciale en brocardant le racisme ordinaire sous l’angle de la satire retorse. Le récit est maitrisé du prologue, particulièrement efficace, à l’épilogue, plutôt bien vu, lequel se joue de nos attentes de spectateur. Il réussit un subtil mélange entre le classique « Guess Who’s Coming to Dinner » de Stanley Kramer avec Sidney Poitier et un épisode paranoïaque de l’extraordinaire anthologie « Black Mirror » de Charlie Brooker.

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7. The Lost City of Z




Renonçant aux effets de manche à tous crins et aidé d’une distribution irréprochable (Hunnam, parfait ; Miller, sensible et juste ; Pattinson, dans la retenue sans être transparent), James Gray signe autant une épopée intime qu’une odyssée fascinante quelque peu vintage (tourné en pellicule). Ainsi, le classicisme intentionnellement suranné de sa mise en scène et les somptueux décors naturels confèrent au film un lyrisme ample sans toutefois ternir le souffle cinématographique, comme lors de la reconstitution saisissante des tranchées de l’épisode sur la Grande Guerre. Enfin, la poésie qui émerge des images, soigneusement mises en lumière par le chef opérateur Darius Khondji (Midnight in Paris), et des plans, composés tels des tableaux, octroie au métrage une splendeur esthétique d’une infinie beauté. En somme, du grand cinéma.

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8. The Big Sick




Aux antipodes de la farce débilitante ou du drame tire-larmes, les deux auteurs, Kumail Nanjani et Emily Gordon, déjouent tous les pièges qui leur pendaient au nez. Si quelques clichés sont véhiculés, comédie oblige, ils sont constamment désamorcés par un humour subtil pimenté de dialogues ciselés. L’esprit l’emporte sur le gag pour le plus grand bonheur des spectateurs. Ce second degré et cette autodérision traversent le métrage de bout en bout. Conséquence : on ne vire jamais dans la tragédie larmoyante nonobstant les situations dramatiques qui se jouent devant nos yeux. Et l’émotion de venir s’installer naturellement grâce à une mise en scène à l’avenant, sans esbroufe, qui se met au service des acteurs et du récit. Drôle et sensible à la fois, cette comédie douce-amère, joyau du cinéma indépendant américain, s’affiche comme la petite perle de l’année à ne pas laisser filer.

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9. Noces




Avec son dernier métrage « Noces », librement inspiré de l’affaire Sadia Sheikh, Stephan Streker dresse un drame sensible et puissant où il est finalement très peu question de religion. Car c’est l’honneur, les traditions ou encore les apparences qui importent dans ce récit. Sans manichéisme et avec beaucoup de pudeur, le réalisateur bruxellois parvient à transcender le fait divers pour en faire une véritable tragédie grecque. Ce dernier n’accuse personne mais cherche à comprendre les motivations de chacun. Cinéaste de l’intime avec sa caméra au plus proche des protagonistes, Streker capte, avec une belle justesse dans le geste, la moindre émotion et ce sans artifices (aucune musique extradiégétique). Devant l’objectif, Lina El Arabi, LA révélation de 2017, est fascinante dans un rôle peu évident.

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10. The Wall




A l’origine, un scénario écrit par Dwain Worrell. Une petite perle qui végétait dans la précieuse blacklist de 2014 des scripts les plus prometteurs n’ayant pas pu aboutir à une mise en production. Concis, radical, percutant, le récit fait mouche jusque dans ses dialogues. Derrière la caméra, Doug Liman, maître ès cinéma d’action, abandonne momentanément les superproductions pour se concentrer sur un long-métrage à taille humaine. Et, une fois n’est pas coutume, le réalisateur new-yorkais démontre tout son génie dans l’art de la mise en scène. Quelles soient techniques, budgétaires ou narratives, les contraintes forment autant de gageures formelles que de défis fondamentaux que le cinéaste relève avec brio. Ce dernier dépasse le pur exercice de style et parvient en outre à occulter les quelques baisses de régime et autres creux scénaristiques. « The Wall » se révèle aussi statique et minimal que tendu et efficace. La réflexion est garantie, le spectacle aussi.

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Et les autres…




War of the Planet of the Apes : ce dernier chapitre conclut de façon brillante les aventures simiesques de Caesar.  Film de guerre dans son prologue, le métrage se mue ensuite en western avant de poursuivre comme une histoire carcérale. Matt Reeves parvient à éviter l’écueil du melting-pot fourre-tout en travaillant tant la fluidité du récit que la précision du montage. Épique !






T2: Trainspotting : Mission quasiment impossible sur papier, le trio de chevilles ouvrières, que sont le producteur Andrew Macdonald, le scénariste John Hodge et le cinéaste Danny Boyle, a parfaitement réussi sa sequel. Le résultat est une comédie douce-amère (im)pertinente, jouissive dans l’humour débridé et émouvante lorsqu’elle se teinte d’une vraie nostalgie.

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Detroit : un film maîtrisé de bout en bout signée par la paire Kathryn Bigelow / Mark Boal, laquelle dresse un portrait implacable de cette Amérique viciée par un racisme systémique. Au moyen d’une mise en scène immersive et sans concession, la cinéaste livre un docufiction sans fausse note d’une intensité remarquable.

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Le Sens de la Fête : un petit bonbon labellisé 100% feel-good où le tandem Toledano et Nakache utilisent les codes du film choral pour évoquer la société d’aujourd’hui, toujours avec cette humanité et cette bienveillance chevillées à la caméra.

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Your Name: une merveille d’animation japonaise aux images ripolinées et au propos doux-amer sur le temps qui passe et les opportunités manquées. Un superbe chassé-croisé, aussi ambitieux et consistant dans son traitement narratif que riche et inventif dans sa plastique.

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